Louer un bien immobilier ne se résume pas à percevoir un loyer. Le bailleur est soumis à un ensemble d'obligations légales strictes, dont le non-respect peut entraîner des sanctions civiles voire pénales. Cet article fait le point sur toutes les obligations du propriétaire bailleur en matière d'entretien, de réparations et de décence du logement, en s'appuyant sur les textes de loi en vigueur.

1. L'obligation de délivrer un logement décent

La première et la plus fondamentale des obligations du bailleur est de fournir au locataire un logement décent. Cette notion est définie précisément par la loi et complétée par un décret d'application.

Le décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002 relatif aux caractéristiques du logement décent précise les critères à respecter :

Critères de décence d'un logement

Attention — Calendrier d'interdiction des passoires thermiques

Dès le 1er janvier 2025, les logements classés G ne peuvent plus être proposés à la location. Les logements F seront concernés dès 2028, et les logements E dès 2034. Ces délais s'appliquent aux nouvelles locations et aux renouvellements de bail.

2. L'obligation d'entretien permanent du logement

Au-delà de la remise initiale d'un logement décent, le bailleur doit maintenir le bien en état tout au long de la durée du bail. Cette obligation est continue.

Concrètement, voici les types de réparations qui incombent au bailleur :

Type de réparation Exemples concrets Charge
Structure du bâtiment Toiture, murs porteurs, fondations, façade Bailleur
Installations techniques Chaudière collective, canalisation encastrée, électricité principale Bailleur
Menuiseries extérieures Fenêtres vétustes, portes palières, volets défectueux (hors usure normale) Bailleur
Équipements fournis Remplacement d'un chauffe-eau, d'un interphone Bailleur
Sinistres et vices cachés Infiltrations, humidité structurelle, remontées capillaires Bailleur

La notion de vétusté

La vétusté désigne l'usure naturelle d'un bien liée au temps et à l'usage normal. Le bailleur ne peut pas faire supporter au locataire les coûts liés à la vétusté des équipements. Un accord collectif de location ou un avenant au bail peut prévoir une grille de vétusté, conformément à l'article 7 de la loi du 6 juillet 1989 et aux accords interprofessionnels de location (voir l'accord UNIS-UNPI-CSAB du 22 juin 2010).

3. Les réparations locatives : ce qui reste à la charge du locataire

Il convient de distinguer les réparations à la charge du bailleur de celles relevant du locataire. Le décret n° 87-712 du 26 août 1987 établit la liste limitative des réparations locatives.

Sont des réparations locatives à la charge du locataire : menues réparations des robinets, joints, poignées, graissage des gonds, nettoyage des volets, entretien courant du jardin, ramonage de la cheminée, etc. En revanche, toute réparation résultant d'une malfaçon, d'un vice de construction ou d'une vétusté reste à la charge du bailleur, même si elle concerne un élément normalement à charge du locataire.

4. L'obligation d'information du locataire

Le bailleur est également tenu de fournir certains diagnostics et informations lors de la signature du bail et en cours de location.

Le Dossier de Diagnostic Technique (DDT)

Depuis la loi du 6 août 2015 (dite loi Macron) et ses décrets d'application, le bailleur doit annexer au contrat de location un dossier de diagnostic technique comprenant notamment :

Attention — Sanction en cas de DDT absent

L'absence de certains diagnostics au contrat de location peut ouvrir un droit à réduction de loyer pour le locataire, voire engager la responsabilité civile du bailleur si un dommage survient. Pour le CREP (risque plomb) et l'amiante, des sanctions pénales sont prévues.

5. Sanctions en cas de manquement aux obligations du bailleur

Le non-respect des obligations du bailleur expose celui-ci à plusieurs types de sanctions.

Sanctions civiles

En cas de manquement à l'obligation de délivrer un logement décent ou de réaliser les réparations nécessaires, le locataire peut saisir le tribunal judiciaire pour obtenir :

Sanctions administratives et pénales

Pour les logements frappés d'un arrêté de péril ou d'insalubrité, le bailleur peut être mis en demeure par la mairie ou la préfecture de réaliser des travaux dans un délai imparti. En cas d'inaction, les autorités peuvent faire exécuter les travaux d'office et en récupérer le coût auprès du propriétaire (article L. 1331-28 et suivants du Code de la santé publique). La mise en location d'un logement indécent, lorsqu'elle met en danger la santé ou la sécurité des locataires, est susceptible de poursuites pénales.

La retenue sur loyer (procédure d'exception)

En cas de manquement grave et après mise en demeure restée sans réponse, le locataire peut consigner son loyer auprès de la Caisse des dépôts et consignations, après autorisation judiciaire. Cette procédure est strictement encadrée et ne peut être mise en œuvre sans décision du juge.

6. Bonnes pratiques pour les gestionnaires immobiliers

Pour tout professionnel gérant un parc locatif, il est indispensable de :