La question de savoir qui doit payer quelle réparation est l'une des plus fréquentes dans la relation bailleur-locataire. La loi fixe des règles précises, mais leur application concrète prête souvent à confusion. Ce guide fait le point sur la répartition légale des travaux et des réparations, avec des exemples concrets pour éviter les litiges.

1. Le principe général de répartition

Le droit locatif français distingue deux grandes catégories de travaux et réparations :

2. Les réparations à la charge du locataire

Le décret n° 87-712 du 26 août 1987 liste de façon limitative les réparations locatives. Ce qui n'y figure pas ne peut être imputé au locataire.

Locataire Intérieur du logement

  • Raccords de peinture et papier peint
  • Entretien des parquets (vitrification exclue)
  • Nettoyage des moquettes
  • Remplacement des vitres cassées
  • Réglage et graissage des portes et fenêtres
  • Remplacement des poignées, crémones, verrous

Locataire Plomberie & électricité

  • Remplacement des joints de robinets et de siphons
  • Débouchage des canalisations (sauf obstruction ancienne)
  • Remplacement des abattants de WC
  • Remplacement des ampoules et fusibles
  • Entretien du chauffe-eau (détartrage)
  • Ramonage des conduits individuels

Bailleur Structure et gros œuvre

  • Toiture, charpente, façade
  • Murs porteurs, fondations
  • Planchers et escaliers
  • Remplacement des fenêtres vétustes
  • Ravalement de façade

Bailleur Équipements et réseaux

  • Remplacement du chauffe-eau ou de la chaudière
  • Canalisations encastrées ou enterrées
  • Installation électrique principale
  • Mise aux normes du logement
  • Remplacement du système de chauffage collectif

3. Le rôle déterminant de la vétusté

La vétusté est l'usure naturelle d'un bien due au temps et à son usage normal. Elle modifie fondamentalement la répartition : même pour des éléments normalement à la charge du locataire, la vétusté peut basculer la responsabilité vers le bailleur.

Exemples concrets d'application de la vétusté

ÉlémentDurée de vie théoriqueConséquence après dépassement
Peinture intérieure7 à 10 ansBailleur assume le remplacement complet
Moquette7 à 10 ansBailleur assume le remplacement
Robinetterie15 à 20 ansRemplacement à la charge du bailleur
Chauffe-eau électrique10 à 15 ansRemplacement à la charge du bailleur
Parquet25 à 35 ansVitrification à la charge du bailleur si vétuste

Ces durées de vie sont indicatives. Elles sont précisées dans les grilles de vétusté issues des accords collectifs de location (accord UNIS-UNPI-CSAB du 22 juin 2010), que les parties peuvent annexer au bail.

4. Dégradations imputables au locataire

Le locataire est responsable des dégradations résultant d'une faute, d'une négligence ou d'un défaut d'entretien courant, qu'elles concernent des éléments locatifs ou non. Exemples typiques :

Attention — moisissures : responsabilité partagée possible

Les moisissures sont souvent litigieuses. Si elles résultent d'un défaut de construction (pont thermique, VMC défaillante), la responsabilité est celle du bailleur. Si elles résultent d'un manque de ventilation par le locataire (sèche-linge sans évacuation, absence d'aération), c'est au locataire d'en supporter les conséquences. Un rapport d'expertise peut s'avérer nécessaire.

5. Les travaux urgents : qui peut les faire faire ?

En cas de travaux urgents nécessaires à la conservation du logement ou à la santé du locataire, et si le bailleur ne réagit pas après mise en demeure, le locataire peut :

À l'inverse, le locataire ne peut pas, sans autorisation du bailleur, réaliser des travaux de transformation du logement. Il peut en revanche effectuer des travaux d'aménagement, à condition de remettre le logement en état à la sortie si le bailleur le demande (article 7 de la loi du 6 juillet 1989).

6. Travaux d'amélioration et récupération des coûts

Certains travaux d'amélioration réalisés par le bailleur peuvent, sous conditions, entraîner une majoration de loyer en cours de bail. C'est notamment le cas des travaux d'économie d'énergie ou d'amélioration du confort, si une clause le prévoit expressément dans le bail (article 17 e) de la loi du 6 juillet 1989, loi Élan 2018).