Réviser le loyer en cours de bail est un droit du bailleur, mais strictement encadré par la loi. Une révision sans clause contractuelle, hors délai ou dépassant le plafond légal est nulle de plein droit. Ce guide détaille les règles applicables selon le type de bail, la localisation du logement et la conjoncture économique.

1. Conditions préalables à toute révision

La révision du loyer en cours de bail n'est possible que si deux conditions cumulatives sont réunies :

Absence de clause de révision

Si le bail ne contient pas de clause d'indexation, aucune révision de loyer n'est possible pendant toute la durée du bail en cours, même avec l'accord des deux parties pour une hausse supérieure à l'IRL.

2. L'Indice de Référence des Loyers (IRL)

L'IRL est l'indice légal servant de base au calcul de la révision du loyer. Il est calculé et publié chaque trimestre par l'INSEE. Il correspond à la moyenne sur les douze derniers mois de l'indice des prix à la consommation, hors tabac et hors loyers.

Formule de calcul de la révision

Nouveau loyer = Loyer actuel × (IRL du trimestre de référence / IRL du même trimestre de l'année précédente)

Le trimestre de référence est celui mentionné dans la clause de révision du bail (ou, à défaut, le dernier IRL publié à la date de révision).

Exemple concret

Un bailleur perçoit un loyer de 800 € hors charges. L'IRL du 2ème trimestre 2024 est de 142,39 et celui du 2ème trimestre 2023 était de 138,63. Le nouveau loyer maximum est : 800 × (142,39 / 138,63) = 821,70 €.

L'IRL est consultable en temps réel sur le site de l'INSEE (insee.fr) et sur le service-public.fr.

3. Délai d'application et prescription

La révision prend effet à la date anniversaire du bail (ou à la date prévue au contrat). Si le bailleur oublie de demander la révision une année, il ne perd pas son droit de révision, mais :

Bon à savoir

Le bailleur qui n'applique pas la révision une année ne perd que la révision de cette année-là. Il peut continuer à réviser les années suivantes en repartant du loyer non révisé comme base de calcul. En revanche, un bailleur qui n'a pas demandé de révision depuis 5 ans ne peut rétroactivement appliquer que la révision de l'année écoulée.

4. L'encadrement des loyers en zones tendues

Dans certaines zones géographiques dites « zones tendues », des règles supplémentaires s'appliquent et limitent le loyer pouvant être fixé lors d'une nouvelle location ou d'un renouvellement de bail.

Les zones tendues (28 agglomérations)

Les zones tendues sont définies par décret. Elles comprennent Paris et sa petite couronne, Lyon, Marseille, Bordeaux, Toulouse, Lille, Rennes, Montpellier, Nice, et 18 autres agglomérations. Dans ces zones :

L'encadrement des loyers au mètre carré (Paris, Lille, etc.)

Dans certaines communes ayant mis en place l'encadrement strict des loyers (Paris depuis 2019, Lille depuis 2020, Montpellier, Lyon, Bordeaux, etc.), le loyer au mètre carré est plafonné par un loyer de référence fixé par arrêté préfectoral, selon le quartier, l'époque de construction et le type de location (vide ou meublée).

DispositifCommunes concernéesPlafond
Zone tendue (loyer précédent)28 agglomérations (décret 2013-392)Loyer précédent + IRL
Encadrement strict (loyer de référence)Paris, Lille, Lyon, Bordeaux, Montpellier, Grenoble, etc.Loyer de référence majoré (loyer de référence × 1,2)
Sanctions en cas de dépassement

Un bailleur qui applique un loyer supérieur au loyer de référence majoré dans une zone soumise à l'encadrement s'expose à une mise en demeure de la préfecture et à une amende pouvant atteindre 5 000 € pour une personne physique et 15 000 € pour une personne morale (article 140 de la loi Élan).

5. Le complément de loyer

Dans les zones soumises à l'encadrement strict, un complément de loyer peut être ajouté au loyer de référence majoré uniquement si le logement présente des caractéristiques de localisation ou de confort déterminantes et non prises en compte par le loyer de référence. Ce complément doit être expressément mentionné dans le bail et être justifiable. Il peut être contesté par le locataire dans les 1 mois suivant la signature du bail devant la Commission Départementale de Conciliation.

6. Cas des locations meublées

Les locations meublées à usage de résidence principale sont soumises aux mêmes règles de révision basées sur l'IRL depuis la loi ALUR (2014). L'encadrement des loyers en zone tendue s'applique également aux meublées, avec des loyers de référence spécifiques (généralement plus élevés que les vides).